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Bulletin d'information

Le plan décennal de développement sanitaire et social (PDDSS) 2014-2023, sur la base des problèmes prioritaires et des défis à relever, a été organisé autour de onze objectifs stratégiques dont :

  • Augmenter l’offre et l’utilisation de services de santé de qualité, répartis de manière équitable et répondant aux besoins des populations ;
  • Assurer un meilleur accès, une meilleure qualité et l’utilisation des produits pharmaceutiques… ;
  • Assurer la disponibilité des ressources humaines qualifiées, compétentes, performantes et de façon équitable ;
  • Assurer la production, l’analyse, la dissémination et l’utilisation d’informations sanitaires fiables ventilées par sexe, à jour sur les déterminants de la santé, la performance du système de santé et le statut sanitaire.

Malgré l’adoption de la politique nationale de Médecine traditionnelle en octobre 2005, la création en juin 2009, d’un comité de suivi de sa mise en œuvre, les activités de cette médecine ne sont pas encore en avril 2019, prises en compte dans le système local d’information sanitaire (SLIS) à plus forte raison dans le système national (SNIS). C’est dire que la médecine traditionnelle (MT) n’est pas encore réellement considérée comme un élément de notre système sanitaire actuel. Cependant, combattue pendant l’ère coloniale pour imposer la médecine occidentale (MO), elle a survécu jusqu’aux indépendances, et continue à nos jours à être le seul recours pour certaines populations. Mieux, aujourd’hui, le monde entier est dans un système de santé caractérisé par le pluralisme médical utilisant diverses pratiques sous de multiples appellations : médecine douce, naturelle, empirique, alternative, parallèle, orientale, holistique, traditionnelle, dès lors que ces pratiques sont différentes de celles de la médecine dite européenne, moderne, scientifique, expérimentale, savante, occidentale ou conventionnelle. Ainsi, parmi les quatre types de statut auxquels la MT africaine est soumise aujourd’hui, le Mali se trouve dans celui du système dit tolérant où, sans être légale, elle est tolérée à côté de la MO ; cela à la faveur du silence des autorités et de quelques textes d’organisation permettant une coexistence parfois conflictuelle.

Qu’elles soient occidentales ou traditionnelles, les structures de soins disponibles ne répondant plus toujours aux critères de qualité, d’efficacité et d’accessibilité qu’ils souhaitaient, les malades en quête de traitements se trouveront devant les réalités qui les obligeront à faire des choix dont les principes et facteurs déterminants de son environnement vont orienter son itinéraire thérapeutique. A cela s’ajoute le fait que les autorités sanitaires, ne disposant que d’un budget rarement plus élevé que 8% du budget national, sont conscientes d’une part, de l’impossibilité d’étendre à court terme la couverture sanitaire à certaines populations rurales, et d’autre part, des difficultés de lutter contre les pratiques clandestines et les supercheries de certains ‘’soi-disant guérisseurs’’ afin d’assurer l’indispensable protection des malades.
Au regard des quatre objectifs stratégiques ci-dessus cités, de l’analyse de l’organisation et offre de services du système sanitaire actuel, le recours aux pratiques traditionnelles par une approche appropriée, est une nécessité pour relever les différents défis qui empêchent l’articulation harmonieuse des systèmes de soins des deux médecines.

Il n’est point rare d’entendre les critiques suivantes formulées contre les pratiques de la Médecine Traditionnelles (MT), et singulièrement les médicaments :

- Comment un seul médicament peut-il soigner plusieurs maladies ?

- Il n’y a pas de dose,

- Il n’y a pas d’hygiène dans la préparation,

- Le rituel qui accompagne parfois sa préparation est dû à la superstition ou la sauvegarde du "gagne-pain", etc.

Fondées ou pas, ces critiques expriment la méfiance qu’ont certaines personnes malgré l’engouement actuel grandissant pour les Médicaments Traditionnels Améliorés (MTA). Le « consommer bio » qui est à la mode en est la preuve. C’est pourquoi, nous avons jugé nécessaire de consacrer la rubrique  "Dossier" de ce deuxième numéro de notre bulletin à ces MTA en les comparant à ceux de la médecine occidentale, sans être exhaustif et permettre des échanges permanents entre nos lecteurs et nous.
La rubrique "Publi-Info" montre combien les médicaments à base de plantes constituent aujourd’hui une préoccupation en Afrique comme en Europe. Il nous faut cependant, toute raison gardée, prendre en considération notre environnement et choisir, sans laxisme ni rigorisme, une approche appropriée pour l’évaluation des MTA permettant d’assurer sa promotion et son développement ainsi que de rendre les conditions d’octroi de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) beaucoup plus accessible.


Le préalable à cette promotion est sans doute la connaissance de notre art ancestral de guérir ; car comment promouvoir ce que l’on ignore ? Aussi, avons-nous essayé d’apporter certaines explications pour vous y aider ?
Qu’il nous soit aussi permis, une fois encore, d’insister sur notre désir de contribuer à la couverture sanitaire nationale en soins essentiels des communautés et aussi à l’instauration d’une franche collaboration entre les praticiens des deux médecines permettant une harmonieuse articulation des deux systèmes de soins au sein d’un même réseau sanitaire sans préjudice à l’identité de chacun et dans l’intérêt bien compris de la science médicale universelle et de celui des populations africaines.

Plus de 40 ans après l’animation de la chronique ¨ Médecine d’hier pour aujourd’hui ¨, dans la revue  ¨ Famille et Développement ¨, et l’élaboration du bulletin  ¨ Santé Pour Tous ¨ du Centre collaborateur OMS de Médecine traditionnelle du Mali, nous avons jugé indispensable de faire revivre ces deux parutions sous la dénomination ¨Santé Pour Tous¨ et sous l’égide de la Société Malienne de Phytothérapie (SMP), section locale de la Société Africaine de Phytothérapie (SAP).
 Enregistrée au Mali avec le récépissé N°0157/MATS-DNAT du 20 mars 1998, la SMP est une société savante, apolitique et non confessionnelle ; elle est la concrétisation de la volonté d’agronomes, botanistes, biologistes, forestiers, médecins, pharmaciens, phytothérapeutes et vétérinaires. Elle a pour objectifs de:

-    Regrouper tous les professionnels et étudiants des disciplines scientifiques et sociales œuvrant au Mali, à la promotion et au développement de l’utilisation des plantes médicinales et  des produits qui en sont dérivés ;
-    Contribuer aux recherches et études destinées à assurer la bonne qualité des préparations pharmaceutiques à base de plantes et produits dérivés ;
-    Aider à la publication à la publication rationnelle des résultats de ces recherches et études ;

-    Aider à protéger l’environnement par une exploitation rationnelle des plantes médicinales et par la reconstitution des écosystèmes qui les portent ;
-    Encourager et promouvoir partout en Afrique les échanges d’expériences ainsi que la formation en matière de phytothérapie ;
-    Donner en cas de besoin et sur demande des conseils à toute autorité, association ou société agissant dans le même but et ce, au niveau africain et international ;
-    Contribuer à la collaboration entre la médecine traditionnelle et la médecine occidentale.


Ce bulletin, semestriel pour commencer, se veut avant tout, être une contribution à l’amélioration de la couverture sanitaire nationale en soins essentiels des communautés ; mais aussi, un espace privilégié pour l’information sur les activités de la SMP, et pour le dialogue mutuellement enrichissant entre les praticiens de la médecine traditionnelle et ceux de la médecine occidentale.
¨ Santé Pour Tous¨ a également pour but de vous parler des activités inter- africaines et internationales en matière de recherche sur la médecine traditionnelle.

Nos anciens lecteurs retrouveront parfois des articles que nous avons jugés encore d’actualité. En effet, même si des progrès ont été réalisés dans l’acceptation de la médecine traditionnelle, certains problèmes persistent encore. Qu’il s’agisse de son concept ou de la compréhension des termes utilisés, de la volonté politique nationale ou de la collaboration entre les praticiens des deux médecines; qu’il s’agisse des méthodes d’approche pour son étude en vue de sa promotion et développement, il reste encore beaucoup à faire. 
Confiant en l’avenir, je souhaite que tous les lecteurs participent au maintien et à l’amélioration de leur bulletin. Ils contribueront ainsi à l’articulation des deux systèmes de soins au sein d’un même réseau sanitaire sans préjudice à l’identité de chacun et dans l’intérêt bien compris de la science médicale universelle et de celui des populations africaines

La pandémie actuelle de COVID-19 est venue comme pour confirmer la conclusion de notre précédent éditorial du bulletin N°3.  A savoir, ‘’l’impérieuse nécessité du recours aux pratiques de la médecine traditionnelle par une approche appropriée pour une articulation harmonieuse et une complémentarité mutuellement enrichissante des deux systèmes de médecine’’.

Elle a permis, cette pandémie, d’éveiller les consciences des autorités sanitaires pour une couverture sanitaire universelle, et leur rappeler à ce propos, les engagements pris à Alma Ata en 1978. La Déclaration d’Alma Ata a en effet ‘’classé les praticiens traditionnels parmi les personnels de santé auxquels recourt la stratégie des soins de santé primaires (SSP)’’. Mieux, depuis lors, les organes directeurs de l’OMS et les pays ont adopté de nombreuses résolutions sur la médecine traditionnelle dont les décennies 2001-2010 et 2011-2020 avec leurs plans d’action. Malheureusement, faute d’engagement réel soutenu, ces plans n’ont pu être mis en œuvre à souhait ; même dans notre pays le Mali, initiateur depuis 1968 (10 ans avant Alma Ata) avec le Ghana et Madagascar de ce mouvement de développement endogène en matière de santé.

Aujourd’hui, si certains pays qui ne voulaient pas reconnaître le rôle qu’Alma Ata avait attribué aux tradipraticiens de santé se retournent vers eux pour trouver une thérapeutique à cette COVID-19, il faut espérer que cette ‘’sollicitation’’ soit une réelle reconversion sincère des attitudes et des mentalités envers eux; et non une mode pour les uns et un moyen pour les autres de se livrer au charlatanisme ; même si ce fait n’épargne plus aussi la médecine occidentale.

En effet, les manipulations des données cliniques et les publications mensongères au profit des grands laboratoires sont devenues très fréquentes (Journal Le Monde du 21 mars 2009 et 21 mai 2018). Le Blog du Dr Hervé Maisonneuve et la Revue Prescrire permettront peut-être de limiter ces ‘’fraudes scientifiques’’ ; mais certainement pas de les éliminer ; car ‘’la polémique stérile entre spécialistes’’ et les ’’Madoff de la pharmacie’’ existeront toujours ; ‘’la course à l’argent, aux honneurs, et aux crédits qui les accompagnent étant le moteur de ce type de comportement’’.

Encore une fois, espérons que cette prise de conscience pour un développement endogène durable illustrée par l’engagement du Président malgache fera tache d’huile. Nous allons y contribuer en consacrant les rubriques ‘’Dossier et Publi-Info’’ de ce bulletin dont la périodicité sera désormais annuelle.

Bonne lecture!

Pr Mamadou KOUMARE

 
 
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